Décollage de Dinard, petit virage à droite et nous profitons déjà de la superbe vue sur la Rance et Saint-Malo. A l'arrière-plan, la baie et le Mont-Saint-Michel ! Que demander de plus si ce n'est un petit rayon de soleil car le ciel est typiquement breton ce matin !

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La Rance.

Premier objectif de la journée : les îles Chausey. Il s'agit d'un archipel d'une cinquantaine d'îles (plus de 360 à marée basse) qui jadis servaient de repères aux contrebandiers. Actuellement, une dizaine d'habitants résident dans l'archipel qui reste la seule partie des îles anglo-normandes à appartenir à la France. Plus loin se dessine la silhouette de Jersey, bien anglaise elle. Nous longeons ensuite la côte du Cotentin vers le nord avant de changer de cap pour traverser la péninsule.

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Iles Chausey.

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Jersey au loin.

Je passe sur la fréquence du SIV de Deauville qui m'a si bien aidé la veille.
Dès les premiers échanges, le stress est palpable. Le contrôleur signale à un pilote qu'il a oublié de demander l'autorisation de quitter la fréquence et risqué le déclenchement des recherches. D'autres avions ne répondent pas assez rapidement à la radio et se font remonter les bretelles. Ça ne rigole pas aujourd'hui !

Nous survolons ensuite les plages du débarquement de Normandie : Utah beach, la pointe du Hoc, Omaha beach, Gold beach, Juno beach et Arromanches dont les vestiges du port flottant sont encore bien visibles.

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La pointe du Hoc et ses bunkers.

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Vestiges du port flottant d'Arromanches.

Nous volons à une altitude d'environ 800 pieds lorsque le contrôleur de Deauville me demande un report de position.
Je ne m'y attendais pas, et pris au dépourvu, donne une position approximative par rapport à un village côtier. La réponse ne se fait pas attendre.

- "Negatif, you are not 10 NM from xxx, you are abeam Caen."

Caen, c'est où ça ? On se croirait dans un sketch de Raymond Devos. S'il connaît notre position, pourquoi est-ce qu'il nous la demande hein ? Et ça continue. 

- "Report passing Ouistreham." 

Ouistreham, c'est où ça ? Nous nous apprêtons à survoler une bonne partie de la France, il ne voudrait quand même pas que je connaisse tous les villages normands ? Deux minutes plus tard, j'ai enfin repéré Ouistreham sur mon GPS.

- "Deauville, vous m'avez demandé de reporter Ouistreham, mais je constate que c'est derrière nous."
- "Oui, je vois ça, quel est votre prochain point de report ?"
- "Sierra Golf"
- "Ok, reportez sur Sierra Golf" 

La suite du vol se fera sans histoire jusqu'à la frontière belge si ce n'est que le trajet est long et monotone. J'en ai marre de devoir changer de fréquence de SIV en SIV. Mademoiselle Cessnaoui est endormie à côté de moi et je dois régulièrement déplacer son genou pour qu'il n'interfère pas avec la manette des gaz.

Arrivé en Belgique, l'organisation d'un sommet européen m'impose, via NOTAM, de contacter Belga Radar dans un rayon de 30 nautiques autour de Bruxelles.
Je n'ai encore jamais entendu un contrôleur qui parle aussi rapidement à la radio. Le Speedy-Gonzalez de la fréquence est particulièrement difficile à comprendre tant le débit est élevé.

Quelques minutes plus tard, nous nous posons à Charleroi pour clôturer ces deux journées, certes épuisantes, mais ô combien palpitantes. Et quelle expérience !

Le prochain article sera consacré au debriefing du vol et autres "lessons learned".

C'est cela ... oui, Cessna oui !