Cela fait plus d'un an que nous avons pour projet de nous rendre au Mont-Saint-Michel en famille. Une destination très classique mais l'idée de survoler la baie ainsi que cette région nous enthousiasme au plus haut point.
Cette navigation nécessite de passer au moins une nuit sur place et j'ai donc réservé, depuis plusieurs semaines déjà, un DA40 deux jours pendant la période creuse qui suit la fin des examens de Mademoiselle Cessnaoui.

Jour J -1, les prévisions météo sont globalement optimistes. J'accorde une attention toute particulière à ce point car partir c'est bien, mais ramener l'avion en temps et en heure, c'est mieux.

Matin du vol, je me lève vers 4h30 car l'excitation m'empêche de dormir davantage. Je fais le point sur la météo :
La situation générale de ce jeudi est globalement une belle journée ensoleillée sur la Belgique et la France avec des températures caniculaires. La matinée sera nuageuse et brumeuse sur la Normandie. Des orages sont prévus en deuxième partie d'après-midi dans la moitié nord de la France et sur la Belgique à l'exception des régions côtières. Beau temps prévu pour l'ensemble de la journée de vendredi.
Je décide donc de déposer le plan de vol pour un départ à 9h local afin d'arriver à destination bien avant les orages.

Madame et Mademoiselle Cessnaoui sont à présent rodées au respect du timing. C'est donc à 9h précises que notre DA40 s'élance sur la piste de Charleroi. Le temps reste bouché sur la Normandie et la Bretagne mais cela devrait être bon pour notre arrivée.

IMG_8078Mademoiselle Cessnaoui.

A peine en l'air, le contrôleur de Charleroi me signale ne pas recevoir le mode Sierra de mon transpondeur. Vu que les modes Alpha Charly fonctionnent correctement, je ne m'inquiète pas.
Nous passons rapidement la frontière et commence une longue navigation dont le début nous est totalement familier … et donc relativement monotone : Maubeuge, Cambrai, Péronne, Albert, Amiens.
Il fait beau et chaud mais un voile blanc ternit le paysage ainsi que nos photos.

IMG_1108bLes méandres de la Seine dans la brume.

A l'approche de Rouen, le temps devient plus nuageux et la visibilité diminue légèrement. Machinalement, je me dis qu'en cas de dégradation, il sera toujours possible de revenir sur Rouen où les conditions sont encore largement VMC. (Visual Meteorological Conditions = conditions qui permettent le vol à vue par opposition à Instrument Meteorological Conditions qui exigent une qualification de vol aux instruments.)

À hauteur de la Seine, la couche nuageuse s’épaissit et il me faut choisir entre passer "on top" ou rester en dessous. Vu que le plafond s'abaisse, je décide de passer au-dessus. Très rapidement, l'avion survole un océan de nuages d'une blancheur presque immaculée. C'est très joli mais je m'inquiète de la météo à destination et de pouvoir redescendre sous la couche. De fait, la consultation des Metars montre que Dinard est toujours IMC avec une clause BECM (becoming) qui indique que cela va s'améliorer très bientôt. Le problème est que cela fait 1h30 que les Metars successifs indiquent cette clause BECM promettant une amélioration qui n'arrive pas ! Même sur Rennes, que j'ai choisi comme aérodrome de dégagement, la visibilité est de 4.000 mètres avec 800 pieds de plafond alors que selon le TAF les conditions devraient être CAVOK.

IMG_1104bVoler au dessus de la couche = on top.

Je demande à madame Cessnaoui de me donner les Metars des différents aérodromes de la région pour me dresser mentalement une image de la situation météorologique : Le Havre, Deauville, Rouen, Evreux, Nantes. Au terme de l'exercice, Madame Cessnaoui est devenue experte en décodage de Metars et n'a même plus besoin de me montrer son GSM pour que je traduise.
Finalement j'annonce que, si sur le prochain Metar, la situation reste IMC sur Dinard et Rennes, nous ferons demi-tour et diversion sur un autre aéroport.

Cinq longues minutes plus tard, le verdict tombe : Dinard et Rennes restent totalement IMC J'appelle le contrôleur de Deauville pour lui expliquer la situation et annonce entamer un demi-tour. Je lui demande de me confirmer que Rouen est bien VMC.

  • "Pas de problème monsieur, je téléphone immédiatement à Rouen et vous rappelle dans deux minutes."
  • ...
  • "Rouen me confirme qu'il y a 9.000 mètres de visibilité et pas de nuages significatifs. Ils sont prévenus de votre arrivée."

 Passage sur la fréquence de Rouen.

  •  "Deauville nous a informés de votre déroutement, vous êtes autorisés à entrer dans la CTR, évitez, si possible, le survol de la ville de Rouen."

En entrée de CTR, les nuages sont encore nombreux et la visibilité dans les basses couches très médiocre. Cela s'améliore nettement aux alentours de l'aérodrome. Vu que je ne comptais pas me poser à Rouen, je ne dispose pas de cartes d'approche et il me faudra demander toutes les instructions au contrôleur. En pratique, il va tout faire pour me simplifier la tâche. Quel service !

Après un atterrissage sous 15 KTS de vent full cross avec une approche en crabe relativement impressionnante, je décide de demander le plein de carburant immédiatement. J'explique à l'employé de l'aérodrome que nous avons dû nous dérouter à cause de la météo. "Ah c'est la Normandie ici" me répond-t-il avant de me vanter les mérites du restaurant de l'aérodrome. De fait, toutes ces émotions nous ont creusé l'appétit et c'est avec plaisir que nous dégustons un délicieux hamburger.

Gros coup de blues après le repas : la pression est retombée et nous nous demandons quoi faire à présent. Trois possibilités :

  1. Retour sur Charleroi que je rejette d'office par rapport au risque d'orage l'après-midi.
  2. Attendre une improbable amélioration sur la Bretagne et continuer notre voyage.
  3. Prendre un taxi pour Rouen, visiter la ville et y passer la nuit.

Nous décidons d'attendre et voir l'évolution de la météo sur la Bretagne et la Normandie.

L'aérodrome de Rouen met à disposition des pilotes une salle d'attente confortable et bien équipée. Néanmoins attendre dans ces conditions n'a rien de très agréable … La situation parait compromise et notre rêve de voir le Mont-Saint-Michel d'avion …  s'envole.

Cela fait trois heures que nous sommes à Rouen.

La suite des aventures de la "flying family" dans un prochain article …

C'est cela ... oui, Cessna oui !