Cela fait plusieurs mois que Madame Cessnaoui attend de déguster des moules au Touquet. Il ne se passe pas une semaine sans qu’elle ne me le rappelle par un « mes moules bordel ! » tonitruant.
Malheureusement, la malédiction du Touquet est terrible, impitoyable et tenace … Chaque fois que je réserve le Piper Cherokee pour la journée, la météo ne permet pas de s’envoler vers Paris-Plage en toute sécurité.
J’ai pourtant tout essayé : les œufs à Sainte-Claire, les poupées Vaudou, le gri-gri, la prière du soir … rien n’y fait !

Le OO-TWA nous est réservé, une fois de plus, le dimanche 15 juin mais c’est sans conviction que je suis les prévisions météo mitigées tout au long de la semaine. Samedi 14, un faible espoir traverse les nuages. Les bulletins annoncent globalement sec mais grisaille tenace le matin et vent assez fort à la côte.
La grisaille devrait se lever mais le vent m’inquiète d’autant plus que la configuration de la piste du Touquet implique qu’il sera cross. Je décide donc de prévoir un plan B et prépare une navigation de secours à destination d’Epernay. A défaut de moules, ce sera du champagne !

Jour J, 5h00 du matin, votre serviteur se lève pour consulter les prévisions et finaliser la préparation de nav.
Le ciel est dégagé sur une grande partie de la Belgique, à quelques exceptions près, pas de brume.
Ce sera donc Le Touquet !
Je finalise ma navigation, vérifie les NOTAM et cartes AZBA avant de réveiller ma petite famille qui saute de joie.

En route pour Namur. Le but est d’y arriver à 9h00 pour l’ouverture de l’aérodrome afin de préparer l’avion, déposer le plan de vol et pouvoir décoller vers 10h00. Malheureusement, une fois passé Gembloux, la masse nuageuse devient menaçante. Charleroi annonce 1000 ft de plafond et Florennes seulement 600 ft ! En France par contre, aucun problème.
Nous devons passer entre ces deux CTR pour rejoindre la France. Il nous faut donc attendre.

Madame et Mademoiselle Cessnaoui n’apprécient pas beaucoup de s’être levées si tôt pour rester bloquées à l’aérodrome. Cela fait néanmoins partie des contraintes de l’aviation de loisir. J’en profite pour sortir et préparer l’avion.
10h20, cela s’améliore enfin ! Charleroi annonce un confortable « broken » 2300 ft et Florennes 1000 ft.
J’annonce le départ imminent et dépose les plans de vols.
C’est à 11h00 précise, soit avec une heure de retard sur le planning, que nous décollons de Namur !
Si la météo ne pose plus de problème sur Namur, la visibilité n’est pas top en direction de Florennes et les nuages impressionnants. La difficulté sera de passer la Belgique, une fois en France, le sol s’abaisse rapidement.

Vu la longue et monotone navigation en perspective, j’active le pilote automatique afin d’être frais et dispos pour l’arrivée au Touquet qui sera la partie la plus difficile du vol.
Je contacte Lille info juste avant la frontière qui me confirme avoir reçu toutes les informations nécessaires.

Passage au dessus de Maubeuge avant de voler vers Cambrais. Le service fourni par Lille Info est vraiment excellent : efficacité et courtoisie sont de rigueur. Cela fait plaisir.
Le plafond m’oblige de voler beaucoup plus bas que prévu lors de ma préparation. Ceci implique de devoir contourner certaines agglomérations afin de respecter les altitudes minimales imposées par la réglementation Française. Madame Cessnaoui, le doigt sur la carte m’aide dans cette tâche : Un rond blanc ou jaune, ça passe, un carré jaune ou d’une autre couleur, il faut contourner.

Prochain point de report, Abbeville. Le VOR me permet de m’assurer de notre route. Ensuite direction baie de Somme. Je désactive George et descend à 1500 ft sol pour pouvoir profiter de la beauté du paysage. Arrivé à la pointe sur de la baie, nous virons vers la droite pour remonter vers le Touquet. J’écoute l’ATIS une dernière fois qui me donne les informations et la piste en service et contacte Lille APP pour demander l’autorisation d’entrer dans la TMA.

Saint-Valéry sur Somme

Baie de Somme, Le Crotoy

Cette partie du vol m’inquiète un peu car, je n’ai plus jamais volé en espace contrôlé depuis mon PPL et n’est pas familiarisé avec cet aéroport. Lille me demande de contacter Le Touquet Tower. Je m’exécute. Le contrôleur me demande d’afficher 6110 au transpondeur et de rapporter en « left hand downwind runway 31».
Il me faudra lui faire répéter deux fois pour comprendre le message au complet.
Outre le problème de compréhension, je m’attendais à une approche directe. La carte d’aérodrome du Touquet m’indique un circuit à droite pour la piste 31. Je suis donc perplexe. Il me faudra une minute pour comprendre que l’approche directe passe tout simplement par un « left hand downwind 31 ». Pas de problème donc, je descend à 1000 ft, altitude du circuit et rapporte « left hand downwind » la piste en vue.
La piste du Touquet est beaucoup plus longue et large que celle de Namur. Je sais que mes repères visuels seront donc trompés et que je risque des difficultés pour avoir la bonne pente de descente. J’ai donc décidé de m’aider du PAPI situé à gauche de la piste dont les 4 lampes colorées m’aideront à garder une pente de 3°.
Malheureusement, les couleurs ce n’est pas mon fort. J’ai donc briefé, avant le vol, Madame Cessnaoui sur l’utilisation du PAPI : 2 rouges et 2 blanches = pente idéale, plus de rouges = trop bas, plus de blanches = trop haut.

- « Tu vois combien de lampes ? »
- « Je vois deux lumières ! »
- « Oui, mais quelle couleur ? »
- «  Je sais pas ! »
- « Deux rouges, mois aussi, tout va donc bien ! »

La piste 31

Vue sur Etaple en fin de finale 31

Finale 31

Finalement, je trouve la bonne pente très facilement. J’ai par contre quelques difficultés  par rapport au vent cross mais pose l’avion comme une fleur sur la piste.

- « OO-TWA, piste dégagée. »
- « Vous pouvez aller au parking, bon appétit ! »

- « Merci ! »

Ca sent bon les moules qui approchent …

(A suivre)

C'est cela ... oui, Cessna oui !