Les derniers jours de l’année sont toujours l’occasion de se retrouver en famille et avec ses amis :

- « Joyeux Noël … bonne année … meilleurs vœux. »
- « Oh mon dieu quelle énorme bosse tu t’es fait là ! »
- « Euh, j’ai eu un accident d’avion ! »
- « Mon dieu, qu’est ce qui s’est passé ? »


Flashback :

Nous sommes la veille du jour de Noël. La Belgique est balayée par les pluies depuis quelques jours. D’après les prévisions météo, la journée devrait être la moins mauvaise de la semaine : temps globalement sec avec vent cross soutenu en matinée (200° 14 KT) avant d’empirer l’après-midi.
Depuis que j’ai mon PPL, j’ai tendance à voler dans de très bonnes conditions. C’est naturellement beaucoup plus agréable, mais présente l’inconvénient de me faire perdre l’habitude des météos plus délicates et de ne pas progresser.

Le vent cross n’est pas ma tasse de thé et je décide de partir pour Namur afin de travailler ma technique.

Tout autour de l’aéroport, les champs sont gorgés d’eau suite aux pluies diluviennes des derniers jours. Arrivé au bureau de navigation, je me renseigne immédiatement sur l’état de la piste. « Un appareil a décollé ce matin … mais c’était un hélicoptère. »
Le problème d’une piste en herbe gorgée d’eau est que les roues de l’avion s’y enfoncent et freinent l’appareil qui peine à prendre de la vitesse. Le risque est d’arriver en bout de piste avant d’avoir atteint la vitesse de rotation.

En préparant l’avion, je rencontre Edwin, chef instructeur Aeromotion, qui me conseille de bien tirer sur le manche pendant le roulage afin de soulager la roue et nez et éviter qu’elle ne freine l’avion. « Bien entendu, si tu n’as pas atteint les 55 KT en passant devant le restaurant, tu arrêtes tout. Et pas de touch & go aujourd’hui. »

Toujours en effectuant ma « preflight » je rencontre une anomalie : la purge du circuit d’essence ne fonctionne pas. Celle-ci permet de vider l’eau qui, sous certaines conditions peut se condenser dans les réservoirs et polluer le circuit d’essence. Seules quelques gouttes s’échappent du tuyau d’évacuation qui est situé en dessous de l’avion. Après en avoir parlé à Edwin qui téléphone au mécanicien, celui-ci nous conseille de vérifier si le tuyau d’évacuation n’est pas bouché par de la boue. Bingo, c’est bien ça !

Je m’aligne donc sur la piste 24, freine à fond pour bloquer les roues avant de mettre la pleine puissance afin de perde le moins de piste possible. « Power check … speed alive ». La prise de vitesse est laborieuse et le restaurant approche rapidement mais j’atteins les 55 KT juste en passant devant. J’effectue ma rotation et reste quelques secondes au ras de la piste afin de bénéficier de l’effet sol tout en accélérant. Lorsque je jette à nouveau un œil à l’anémomètre, celui-ci indique déjà 70 KT, il est plus que temps de se mettre en montée.

Cela secoue fort mais le ciel se dégage légèrement et laisse même percer un rayon de soleil. C’est absolument magnifique d’autant plus que je ne m’y attendais pas au vu des prévisions météo. J’effectue un vol local au dessus du Brabant Wallon. Du pur plaisir ! A l’exception du contrôleur, pratiquement personne sur la fréquence de Bruxelles Info.

Je suis le roi du ciel !

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De retour vers Namur, je me prépare pour l’atterrissage « vent cross » sur la 24. Alignement, technique du crabe, passage du seuil de piste, moteur au ralenti, mettre l’avion parallèle au sol, le décraber, arrondir à nouveau, l’avion se pose comme une fleur bien dans l’axe et en douceur. Excellent atterrissage me dis-je. Sauf qu’il n’est pas encore terminé ! Après avoir roulé quelques mètres, l’avion dérape et entame un virage vers la gauche. Il est vrai que la piste est spongieuse, boueuse et glissante comme une savonnette. J’effectue une correction au palonnier et quelques secondes plus tard rectifie la trajectoire. Ouf !

Arrivé au parking, je constate que mon bel avion blanc est totalement recouvert de boue sur sa moitié inférieure. Il me faudra une demi heure de nettoyage au tuyau d’arrosage pour le rendre présentable !

Et mon accident d’avion ?

Après avoir rentré l’appareil dans le hangar, j’envoie le traditionnel SMS à mon épouse pour la prévenir que tout va bien. Ce faisant j’avance d’un mètre et … me cogne violement la tête sur l’aileron gauche du Cessna !
Accident stupide qui me vaut une belle bosse qui n’a rien de celle des maths !

Claude nous disait toujours : « En aviation, on n’est certain que plus rien ne peut nous arriver que lorsque l’avion est attaché au parking ou dans son hangar. »

Désolé Claude … je ne partage pas ton avis cette fois ;-)

C'est cela ... oui, Cessna oui !